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Association des Médecins Gais |
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Entretien, le 3 avril 1992, de Jacques Girard avec Claude Lejeune JG - Parle-moi de tes débuts dans le militantisme homosexuel? CL - Je militais pour la contraception et l'avortement. Revenu des U.S.A j'ai découvert le numéro 2 du Gai-Pied dans la vitrine d'une librairie. J'ai pris contact avec Serge Hefez, d'où mon travail au journal. En 1979, je faisais des articles de vulgarisation, dans la rubrique Santé, que je signais de mon nom. Jusqu'en décembre 1979, nous recevions des lettres de médecins et d'étudiants en médecine, qui exprimaient le besoin de se regrouper. La première rencontre chez moi rassembla une quinzaine de personnes. Atmosphère très conviviale. On a ainsi pu sortir de l'isolement. Notre groupe de travail en 1980 comportait déjà 25 médecins. SommaireJG - Vous aviez une permanence téléphonique. CL - On a utilisé l'infrastructure du Gai-pied, son standard. On était débordé par les coups de téléphone: environ 20 appels par heure. Les gens nous téléphonaient pour nous dire qu'il voulaient changer de médecins; qu'ils avaient plein de problèmes personnels. SommaireJG - Votre premier acte, en direction des médecins!. CL - Le 18 juin 1980 on a lancé une enquête sur " les attitudes du médecin face au patient homosexuel ", dans le journal: "Le quotidien du médecin". Grâce à un journaliste pédé qu'un copain connaissait, le journal accepta cette enquête. Il y eut deux fois plus de réponses qu'à toute autre enquête du journal, sur le cholestérol ou autre... Visiblement les médecins français étaient insuffisamment informés. Le fait homosexuel se mit à passer dans la presse médicale française ."Panorama du médecin"," le généraliste" eurent également une attitude favorable contrairement au reste de la presse. Cela déclencha une vive polémique entre les médecins qui écrivaient au quotidien pour interdire notre association, et ceux qui la défendaient. la Rédaction trancha le débat par un "Laisser les vivre!". Ce même questionnaire sera publié une seconde fois, le 17 avril 1985 par le " Quotidien du médecin ". SommaireJG - Votre association plus précisément... CL - l'A.M.G. est alors devenue une association déclarée en loi 1901, au JO du 5 mai 1981. En juin 1981, la réunion de fondation rassembla 120 personnes à l'A.G.E.C.A. Le président de l'A.M.G est Claude Lejeune Le vice président Bruno Monéglia. Il n'est pas évident que les médecins de l'A.M.G acceptent de voir leurs noms publiés. Au sein de l'A.M.G se retrouvent des praticiens et des étudiants de toutes disciplines (médecins, kinésithérapeutes, psychologues, infirmiers, pharmaciens, dentistes...) et de toutes les spécialités (généralistes, dermatologues, psychiatres, psychanalystes, sexologues, gynécologues, urologues, médecins du travail, cardiologues...) C'est la première organisation mondiale de médecins homosexuels. SommaireJG - Comment mesurer votre importance? CL - On a touché le grand public homosexuel. -On l'écoute encore au téléphone, depuis 11 à 12 ans, et on compte entre 30 et 40 appels par semaine. -Notre brochure "Gais à votre santé" , en est à sa troisième édition, soit 180.000 exemplaires distribués. De 40 pages en format de poche, elle a été sponsorisée en partie par la publicité incluse dans la brochure. Une partie a été encartée dans le mensuel Samouraï (n° juillet/août 1983). Sortie le 18 juin 1983 dans les principaux lieux de France, son premier tirage, à 60.000 exemplaires, fut épuisé en 4 mois.. -On a distribué des pochettes d'allumettes avec préservatifs, pendant 3 ou 4 ans. -Le soir de la gaypride du 19 juin 1982 il y eut une fête à la Mutualité, on fit des prises de sang gratuites avec un B.W, résultat dans les 48 heures. Sur 7 femmes et 93 hommes, on a détecté 3 syphillis non connues chez des hommes. Nous avons envoyé les résultats par courrier dans les quatre jours qui suivaient. On a tenu de 21 heures à 3 heures 10 du matin, heure exacte où la dernière goutte du centième prélèvement tombait dans l'éprouvette. Cela nous a coûté 3000F prélevés sur nos propres deniers. -Notre boîte aux lettres télématique: depuis mars 1987 l' A.M.G anime un service d'informations sur la santé par minitel à l'intérieur d'un service télématique gay: 36-15 GPH. Nous répondons en moyenne à 30 ou 40 questions par semaine dont la répartition est la suivante: - Interrogations autour du sida: 40 à 50% - Problèmes sexologiques 20 à 25% - Médecine générale 12% - Questions psychologiques:5 à 8% -Au début nous étions de 120 à 130 adhérents; milieu des années 80: environ 200, beaucoup de gens ne faisaient que passer; aujourd'hui en 1992: environ 150 en France. SommaireJG - Des militants ont crée d'autres associations... CL - Nombreux sont passés par l'A.M.G - Patrice Meyer qui a crée V.L.S (Vaincre le Sida), à l'UEH de Marseille en 1983, est un ancien de l'A.M.G. Il s'est spécialisé contre le SIDA , nous sommes des généralistes. - Certains militants de Aides sont des anciens de l'A.M.G., Mettetal d'Arcat Sida est passé 2 ou 3 ans à l'A.M.G. SommaireJG - Vos grands thèmes d'intervention. CL - Ils sont illustrés par nos colloques, et des soirées - 1° colloque à Paris, sur le Sida - 24 et 25 avril 1982. Autour de deux thèmes: * Autour des maladies sexuellement transmissibles avec la participation du Dr Siboulet. * Le sarcome de Kaposi - Déficit immunitaire et homosexualité. Avec une communication du Journaliste Gilles Barbedette. Etaient présents les médecins Rozembaum, Leibowitch, parmi 80 participants. - 2° colloque à Paris. -19 et 20 avril 1983. Deux thèmes * Bilan sur le sida. avec la participation des docteurs Leibowitch et Rozembaum et du professeur J. Robert de Montréal. * L'hépathite B et la vaccination anti-hépatite B. Avec la participation du DR Goudeau et du docteur Miguet. Il faut savoir que 70 à 80% des homosexuels ont eu une hépatite B, dont l'évolution fut grave pour 10% d'entre eux; la majorité l'ignorait. Nous avons lancé, dans le Gai-Pied, une campagne pour la vaccination: une pub "Vaccinez vous". 140 personnes présentes à ce colloque. - 3° colloque à Paris - 13 et 14 Octobre 1984: L' anus : de l'éros au pathos. 90 personnes. avec la participation de proctologues, parasitologues, d'un historien, de psychanalystes... - 4° colloque Paris - 24 octobre 1987: MST et homosexualité. Avec la participation du professeur Armengaud, des docteurs Dolivo, du Puy-Montbrun, Janier, Junod, Retornaz, du Pr J.Robert, des Drs Rozembraum et Sednaoui. Il y avait toutes les stars homos de France et les spécialistes du sida, au total 300 personnes. La moitié du temps accaparée par le sida. - 5 éme colloque 1990: sexologie et homosexualités. - 6 éme colloque 1992: Même thème que le précédent colloque, sexologie et homosexualités repris sous un angle différent. 80 à 90 personnes. SommaireCL - Nombreuses ont été les soirées organisées autour d'un thème: l'herpès, l'approche chirurgicale des affections anales, la jalousie amoureuse, le soleil et la peau , diagnostic des urétrites à répétition, actualité du sida, le transsexualisme, les prostatites, la sexologie, l'amibiase, la déprime, l'impuissance, le point sur le traitement de la syphilis, Sida: le bilan, la passion amoureuse.... Un soir Michel Gayda qui venait de faire un travail sur l'attitude des médecins, anima une soirée et nous attira plusieurs parisiens. Il a dû rester avec nous jusqu'en 83-84. SommaireJG - Avez-vous de bons rapports avec l'ordre des médecins? CL - Si cet ordre devait remplir sa fonction, l'A.M.G devrait être interdit. Car cet Ordre se présente comme le gardien de la famille et d'un certain ordre moral. En fait ils ne se sont jamais manifesté. Nous avons demandé d'enlever l'homosexualité de la classification des maladies de l'O.M.S. Nous avons signé une pétition à cet effet. Sinon nous n'avons pas eu d'actions politiques. Nous ne sommes pas intervenu sur la loi Evin, etc...Nous sommes totalement indépendants des syndicats médicaux, de l 'industrie pharmaceutique, de la presse médicale et des associations gays...Nous ne sommes pas adhérents à l'I.L.G.A. SommaireJG - Comment êtes-vous financé? CL - Nous n'avons pas de subventions du Ministère, et c'est pour ça qu'il nous fout la paix. Nous avons néanmoins des subventions de l'A.F.L.S pour nos brochures. Nous fonctionnons avec nos cotisations (non obligatoires! ce qui est une de nos spécificités) et des dons ; ainsi que de notre travail au minitel 36-15 GPH. où l'A.M.G s'occupe des questions santé uniquement. Articles de journaux: - Le quotidien du médecin 18 décembre 1980. - Le quotidien du médecin n° 4605, mercredi 10 octobre 1990. - Gai- Pied hebdo - 26 septembre 1991 - Gai- Pied Hebdo - 15 février 1992 Sommaire |